Histoire du journalisme scientifique

Le Journal

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1990-...

Le traitement de la science par les médias

Moins de place pour les sciences dans les quotidiens

En 2002, le Conseil de la science et de la technologie du Québec fait ces deux constats : 1. la diffusion de l'information scientifique diminue - par exemple, en 1995-1996, les principaux quotidiens québécois ont publié 33 % moins de nouvelles sur la recherche universitaire qu'en 1980-1981; 2. l'information scientifique et technologique manque de diversité et son traitement est déficient.

À la fin des années 1980, la plupart des quotidiens canadiens tendaient à regrouper les nouvelles scientifiques dans une page « science ». Maintenant, par suite de la décroissance des quotidiens, ces pages de science sont rares. De même, les journalistes assurant la couverture scientifique se retrouvent surtout dans les plus grands quotidiens, comme le Globe and Mail.

« Le Journal de Montréal et le Journal de Québec offraient à leurs lecteurs une chronique scientifique hebdomadaire à la fin des années 90, écrite par un collaborateur de l'Agence (Science-Presse), Michel Marsolais. Elle n'existe plus aujourd'hui. Le directeur de l'information du Journal de Montréal, Dany Doucet, n'a pas l'intention de remédier à la situation en affectant un journaliste spécifiquement à la couverture du secteur. « La science est un domaine trop vaste, dit-il. C'est la santé qui nous intéresse le plus. Autrement, on est assez bien servis par la Presse canadienne et Associated Press. » (...) Depuis trois ans, Le Droit d'Ottawa réservait aux nouvelles scientifiques une page hebdomadaire (...) sauf que cette page n'est pas revenue en septembre dernier. Une exception existe tout de même. Le Devoir a embauché, il y a deux ans, la journaliste Pauline Gravel, justement pour accorder une plus grande place à la science. »

« Journalisme scientifique en déclin », Pascal Lapointe, Sciencepresse, 10 décembre 2008, http://www.sciencepresse.qc.ca/node/22349;

« Journalistes scientifiques en voie de disparition », Pascal Lapointe, Sciencepresse, 14 février 2009, http://www.sciencepresse.qc.ca/node/22843

La télévision, château fort du journalisme scientifique

Dans les salles de nouvelles de la télévision et de la radio, les journalistes affectés à temps plein à la couverture des événements scientifiques et technologiques sont rares.

En revanche, depuis la fin des années 1990, de nouvelles émissions d'information scientifique sont à l'antenne de chaînes spécialisées comme Discovery Channel et Ztélé. Discovery Channel propose, entre autres, une émission quotidienne intitulée Daily Planet, qui peut aussi être téléchargée à partir du site Internet du diffuseur (www.discoverychannel.ca).

The Nature of Things et Découverte, les principales émissions scientifiques de CBC et de Radio-Canada jouissent d'une grande réputation et d'un auditoire fidèle.

L'émission Découverte, qui a succédé à Science-réalité, est en ondes depuis 1984 à Radio-Canada. Elle rejoint chaque dimanche soir 661 000 téléspectateurs (données de 2008). Découverte aborde l'univers scientifique à travers des cas réels qui touchent le public. L'émission présente des reportages et des séries documentaires concernant la science, la santé, l'environnement, la recherche spatiale et la technologie. Découverte est animée par Charles Tisseyre.

Pour plus de détails : http://www.radio-canada.ca/emissions/decouverte/2008-2009/

Après plusieurs années d'absence, l'information scientifique fait un retour en 2008 à Télé-Québec avec l'émission Le code Chastenay.

L'émission Le code Chastenay est animée par Pierre Chastenay, astrophysicien et responsable des activités éducatives du Planétarium de Montréal. Les reportages, qui sont tournés à travers tout le Québec, touchent tous les aspects de la science et donnent la parole à des chercheurs passionnés. Le traitement journalistique des préoccupations scientifiques privilégie l'angle humain.

Pour plus de détails : http://lecodechastenay.telequebec.tv

Les défis de la couverture des sciences

La couverture de l'actualité scientifique est constituée souvent de nouvelles provenant d'agences de presse. Ces textes plutôt brefs annoncent régulièrement des découvertes sensationnelles sans fournir d'informations sur leur validité et leur portée.

De plus, comme on incite les chercheurs universitaires à breveter et à commercialiser leurs résultats de recherche, les journalistes scientifiques doivent tenir compte des intérêts financiers en jeu dans la validation des informations qu'ils collectent auprès des scientifiques.

La couverture des sciences revient aux journalistes généralistes

La science étant omniprésente dans notre vie quotidienne, elle se retrouve dans une grande variété de reportages. Toutefois, ce sont maintenant des journalistes généralistes qui signent un bon nombre des articles scientifiques. Ces journalistes se retrouvent donc à traiter de sujets comme les OGM, l'énergie, le climat, la pollution, les techniques de reproduction assistée, etc. À l'échelle municipale et régionale, plusieurs débats et sujets d'actualité comportent aussi des dimensions scientifiques que les journalistes doivent comprendre pour mieux les expliquer. Pensons par exemple à la fluoration de l'eau et à la contamination des sols.

Pour pallier la non-spécialisation des journalistes en matière scientifique, un nouvel outil est en développement depuis 2008 : le Centre canadien Sciences et médias/Science Media Centre of Canada (CSM/SMC, http://www.sciencemediacentre.ca/). Il s'agit d'un organisme indépendant d'aide et de référence mis sur pied par un petit groupe de journalistes, de chercheurs et d'amis de la science. Conçu sur le modèle de centres similaires au Royaume-Uni et en Australie, le CSM vise à améliorer la couverture de la nouvelle scientifique. Par exemple, le CSM fournira sur demande aux journalistes les coordonnées des principaux experts et des sites Web fiables dans un domaine scientifique particulier. Des ateliers de formation et des séances d'information font aussi partie des services envisagés pour répondre aux besoins des journalistes, des médias et du milieu scientifique.

Une formation universitaire ciblée

Les départements de journalisme et de communication de l'Université Laval et de l'Université Carleton, notamment, proposent aux futurs journalistes des cours sur la vulgarisation scientifique et la couverture de l'actualité scientifique. Ces universités accueillent respectivement la Chaire de journalisme scientifique Bell Globemedia (www.cjs.ulaval.ca) et la CTV Chair in Broadcast Science Journalism (http://www.carleton.ca/research/chairs/endowed_chairs/ohara.html).

Le journalisme scientifique à l'heure internationale

Dans les associations fondées par des journalistes scientifiques, comme la Canadian Science Writers' Association/Association canadienne des rédacteurs scientifiques (CSWA/ACRS, http://www.sciencewriters.ca/) et l'Association des communicateurs scientifiques (ACS, www.acs.qc.ca), un fait est frappant : on y compte plus de membres que jamais, mais les journalistes scientifiques y sont de moins en moins nombreux.

Du reste, tout comme la recherche et les enjeux qui en découlent, le journalisme scientifique s'internationalise. Désormais, il faut couvrir « le monde », naviguer sur la mer d'informations que contient le Web, juger de la pertinence des sujets et des nouvelles scientifiques, dénicher les experts reconnus dans tel ou tel domaine, etc. Les journalistes scientifiques travaillent donc comme des journalistes affectés à l'actualité internationale.

En 2002, on crée la Fédération mondiale des journalistes scientifiques, dont le siège social est à Gatineau, au Québec.

Fédération mondiale des journalistes scientifiques

Cet organisme sans but lucratif regroupe des associations de journalistes scientifiques et techniques du monde entier. La journaliste canadienne Véronique Morin en a été la première présidente en 2002. La FMJS fait valoir le rôle du journaliste scientifique comme intermédiaire essentiel entre la science, les scientifiques et le public. Par le biais de sa conférence mondiale bisannuelle, de son site Web, d'échanges et de formations, elle favorise le développement et le réseautage des journalistes scientifiques. En janvier 2009, cette fédération comptait 39 associations membres en Afrique, dans les Amériques, en Asie et en Europe.

Pour plus de détails : http://www.wfsj.org/about/page.php?id=65

La radio profite de la baladodiffusion

La baladodiffusion est un mode de diffusion de contenus multimédias qui a été popularisé par les blogues. Toujours en évolution, cette technique permet de recevoir directement sur un baladeur numérique des fichiers audio et vidéo, qu'on sélectionne depuis un site Web moyennant un abonnement. La baladodiffusion permet ainsi aux auditeurs d'écouter une émission de radio en différé, quand et où ils le veulent.

En ondes depuis 1994 à Radio-Canada, l'émission Les Années lumière (http://www.radio-canada.ca/emissions/les_annees_lumiere/2009-2010/), qui est aussi disponible en baladodiffusion, rejoint de 69 800 à 82 800 auditeurs (données de 2007 et 2008).

Après des études à l'École supérieure de journalisme de Lille, en France, et quelques années de journalisme général, Yanick Villedieu commence sa carrière en journalisme scientifique et médical dans les années 1970. Il travaille au magazine Québec Science, puis pendant deux ans il fait partie de l'équipe de Science-Réalité à la télévision de Radio-Canada. Depuis 1982, il est journaliste et animateur à la radio de Radio-Canada à l'émission Aujourd'hui la science, qui devient en 1994 Les Années lumière. Ce vétéran du journalisme scientifique collabore également au magazine L'actualité et il a publié quatre livres.

L'émission Quirks and Quarks, qui est à l'antenne de CBC depuis 1975, est elle aussi baladodiffusée. Elle touche 353 400 auditeurs lors de sa diffusion le samedi midi (données de 2008).

Avant de joindre l'équipe de Quirks and Quarks en 1992, Bob McDonald animait Wonderstruck, une émission de science pour les jeunes à la télévision de CBC. Il continue d'œuvrer dans ce créneau puisqu'il écrit et anime Heads Up!, une émission de culture scientifique pour enfants diffusée aux chaînes TV Ontario (TVO) et Knowledge Network. À titre de journaliste scientifique, il collabore aussi régulièrement à diverses émissions de CBC, comme CBC Newsworld Morning à la radio et The National à la télévision. En reconnaissance de ses remarquables talents de communicateur et de vulgarisateur scientifique, Bob McDonald a reçu plusieurs prix, comme la Sandford Fleming Medal du Royal Canadian Institute en 2002 et la McNeil Medal for the Public Awareness of Science de la Royal Society of Canada en 2005. De même, au moins quatre universités canadiennes lui ont décerné des doctorats honorifiques au cours des années 2000.

Pour plus de détails : http://www.cbc.ca/quirks/host.html

Internet : un nouvel outil de diffusion pour les sciences

Sur Internet, on trouve principalement quatre types de sites d'information scientifique.

  1. Les médias écrits et électroniques présentent dans une section de leur site Web respectif ou dans des sites spécialisés des nouvelles scientifiques provenant du monde entier. Ainsi, le public peut maintenant consulter facilement le meilleur journaliste spécialiste d'une question, qu'il travaille pour Radio-Canada ou la British Broadcasting Corporation (BBC), pour Le Devoir ou Le Monde, pour The Gazette ou The New York Times.
  2. On trouve aussi des sites Web, produits par des fondations ou des associations, qui se consacrent à l'actualité scientifique, à l'environnement ou à la santé. Certains produisent un contenu original, comme Passeport Santé (www.passeportsante.net), qui combine des nouvelles scientifiques avec des fiches d'information techniques qui sont validées par des spécialistes.
  3. D'autres sont des « agrégateurs », c'est-à-dire des sites qui regroupent des contenus provenant de différentes sources. C'est le cas de Science Daily (www.sciencedaily.com) et de e! Science News (www.esciencenews.com). Ce dernier site, produit par le Québécois Michaël Imbeault, affiche automatiquement une sélection de nouvelles scientifiques provenant de 40 sources distinctes.
  4. Quelques journalistes scientifiques exploitent aussi la souplesse et les possibilités multimédias du blogue. La convivialité du blogue permet aussi à ces journalistes de proposer aux lecteurs un mélange d'informations d'actualité et de commentaires. Il en est ainsi de Valérie Borde, journaliste scientifique pour le magazine L'Actualité, qui produit son blogue intitulé « Mon œil! Le blogue d'une journaliste scientifique en colère » (http://blogues.lactualite.com/valerie-borde/). Jean-François Cliche, journaliste au quotidien Le Soleil, signe quant à lui le blogue « Sciences Dessus Dessous » (http://blogues.cyberpresse.ca/sciences/).

Carrefour international du journalisme scientifique, la Fédération mondiale des journalistes scientifiques héberge sur son site Web une série de blogues tenus par des professionnels du métier qui sont membres de ce regroupement (http://www.wfsj.org/blogs/wfsj/).

Les scientifiques sont aussi présents dans la blogosphère. Par exemple, ils sont nombreux à écrire sur « Science! On blogue », produit par l'Agence Science-Presse (http://blogue.sciencepresse.qc.ca).