Histoire du journalisme scientifique

Le Journal

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1970-1990

Le traitement de la science par les médias

Le journalisme scientifique se porte bien

Au début des années 1970, tout un réseau de journalistes scientifiques est en place dans la presse écrite ainsi qu'à la télévision et à la radio. Ils succèdent à la première génération de journalistes scientifiques qui ont fait leur place dans les médias canadiens depuis les années 1950.

En 1974, quatre quotidiens sur dix ont des reporters spécialisés dans les domaines de la médecine et de l'agriculture. Deux journaux sur dix ont un reporter affecté à la recherche scientifique. Cette même année, une étude recense plus de 70 signataires, chroniqueurs, titulaires de rubriques ou journalistes spécialisés dans les domaines connexes aux sciences et aux industries. Autant de journalistes généralistes sont appelés à l'occasion à couvrir la science dans les quotidiens et les magazines d'actualité. Les agences de presse engagent aussi des journalistes scientifiques.

Les gouvernements s'engagent en faveur du journalisme scientifique

Le gouvernement fédéral accorde de l'importance à la diffusion des connaissances vulgarisées par les médias de masse. En effet, puisque l'activité scientifique est en grande partie financée par des fonds publics, le gouvernement a tout intérêt à ce que les citoyens puissent comprendre les nouvelles notions et adhérer, ou du moins ne pas s'opposer, à ses politiques scientifiques. En 1973, il mandate Orest Dubas et Lise Martel pour mener une vaste enquête sur le traitement des sciences dans les médias canadiens.

Le rapport Dubas-Martel témoigne de problèmes de communication récurrents entre les journalistes et les scientifiques, notamment la méfiance et la réserve des chercheurs face aux médias. Ce rapport suggère de mettre en place une formation universitaire en journalisme scientifique qui intègre des cours d'histoire des sciences, de techniques de sondage social, de communication de masse et de rédaction scientifique.

En 1981, le ministère québécois de l'Enseignement supérieur et de la Science lance un concours de journalisme scientifique qui récompense les gagnants par un stage en journalisme scientifique. Ce concours annuel devient en 1988 la Bourse Fernand-Seguin.

Yves Quenneville

L'environnement est dans la mire des journalistes

Au Canada, plusieurs journalistes militent activement pour la protection de l'environnement. Par exemple, en 1971, Bob Hunter, journaliste au Vancouver Sun, fait partie des 13 membres fondateurs du mouvement Greenpeace. Ce groupe veut d'abord dénoncer les essais nucléaires atmosphériques menés en Alaska par le gouvernement des États-Unis.

Par ailleurs, dans la foulée du scandale du Watergate de 1972, de nombreux journalistes inspirés par la popularité grandissante du journalisme d'enquête s'intéressent aux problèmes environnementaux. La « pollution » est un thème omniprésent dans le magazine Québec Science et à l'émission The Nature of Things.

Le journaliste devient un vis-à-vis pour les chercheurs. Il se fait l'intermédiaire qui peut expliquer au public les activités scientifiques, les mettre en perspective, et parfois les critiquer.

Fernand Seguin et JoŽl Le Bigot

Les journalistes scientifiques se regroupent et se dotent d'outils

Conscients de leur mission de plus en plus complexe, des journalistes scientifiques, pour la plupart de la presse écrite, fondent deux associations professionnelles : la Canadian Science Writers' Association en 1971 (CSWA, www.sciencewriters.ca), puis l'Association des communicateurs scientifiques (ACS, www.acs.qc.ca) en 1977.

Dans le cadre de ces associations, les journalistes scientifiques peuvent faire le point sur des aspects de leur réalité professionnelle, comme le débat sur l'industrie nucléaire, la situation de l'information scientifique et la couverture de l'épidémie de sida dans les médias.

Ces associations développent également des outils qui améliorent la couverture journalistique des sciences. Par exemple, certains membres de l'ACS créent en 1978 la première agence de presse scientifique de langue française : Hebdo-Science, devenue aujourd'hui Agence Science-Presse (www.sciencepresse.qc.ca). Cette agence a pour objectif initial de diffuser de l'information scientifique vulgarisée aux hebdomadaires régionaux et éventuellement aux stations privées de radio et de télévision.

Initiative semblable en 1982 du côté anglophone : Lydia Dotto, ancienne journaliste scientifique du Globe and Mail, et le professeur Harold Schiff de la York University ouvrent l'agence de presse Canadian Science News Service. Cette agence se consacre exclusivement aux nouvelles concernant la recherche canadienne et vise les journaux et les stations de radio. Elle couvre les sciences exactes, les sciences sociales, les sciences de la vie, la médecine et la technologie. L'agence ferme ses portes en 1991 à cause de problèmes financiers.