Histoire du journalisme scientifique

Le Journal

1945-1970

Le traitement de la science par les médias

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Les pionniers du journalisme scientifique dans les quotidiens

Jusqu'alors, dans la presse, ce sont surtout des scientifiques qui se sont chargés de la vulgarisation scientifique ou qui l'ont encouragée. Désormais, des journalistes « ordinaires » couvrent le domaine des sciences.

Au cours des années 1950, plusieurs grands quotidiens comptent des journalistes qui se consacrent à la couverture des sciences et de la technologie. David Spurgeon (The Globe and Mail), Herbert Lampert (The Gazette), Leonard Bertin (The Toronto Star), Fred Poland (The Montreal Star), Roland Prévost (La Presse) et Marc-Henri Côté (Le Devoir) font partie de ces pionniers.

David Supurgeon en Jordanie

David Spurgeon (1925-), premier journaliste scientifique au Globe and Mail

Tout jeune, David Spurgeon est fasciné par la radio à ondes courtes. Il fabrique son propre équipement avant même d'obtenir son permis de radio-amateur. Sa carrière de journaliste scientifique commence vers 1946, à la University of Western Ontario, quand il collabore au journal étudiant du campus en rédigeant des articles sur les recherches scientifiques universitaires.

Après avoir obtenu son diplôme en General Arts de la UWO et sa maîtrise en journalisme à la Columbia University, à New York, il travaille comme journaliste au London Free Press. En 1953, il entre au grand quotidien de Toronto, The Globe and Mail. Le rédacteur en chef reconnaît son grand intérêt pour le domaine scientifique et lui confie de plus en plus les articles qui s'y rapportent. C'est ainsi que Spurgeon couvrira pour le Globe and Mail tout ce qui relève du domaine médical, puis qu'il deviendra en 1960 le premier journaliste de ce quotidien affecté à temps plein aux sujets scientifiques. Il occupera cette fonction jusqu'en 1970.

En 1960, David Spurgeon a été le premier Canadien à recevoir une bourse d'études d'un an au Journalism Faculty's Advanced Science Writing Program de la Columbia University. En 1961, il est l'un des cofondateurs de la section canadienne de l'organisme américain National Association of Science Writers (NASW). En 1967, un texte éditorial faisant valoir l'importance de la recherche fondamentale pour la société lui vaut les honneurs du concours de journalisme scientifique du Cornell Aeronautical Laboratory. En 1970, la University of Guelph (Ontario) lui décerne un doctorat honoris causa. À cette occasion, le président de l'université souligne les connaissances spécialisées acquises par David Spurgeon dans le domaine scientifique, la rigueur dont il fait preuve dans la présentation des faits et ses talents de communicateur.

En plus d'écrire pour le Globe and Mail, il est le correspondant canadien du British Medical Journal. Il publie également des articles dans différents magazines et quotidiens renommés dont The Times, The Observer, The Christian Science Monitor, The Washington Post, Newsweek, Reader's Digest, Medical World News, Scientific American, New Scientist et le Bulletin of the Atomic Scientist.

Roland Prévost

Roland prévost (1906-1981), premier journaliste scientifique à la presse

Roland Prévost quitte la région de Québec vers 1932 pour aller chercher du travail à Montréal. Pendant environ 14 ans, Prévost écrit pour différents magazines culturels et populaires de l'époque, comme Le Passe-Temps, La Revue populaire et La Revue moderne.

Dans La Revue populaire, Prévost signe de nombreux portraits de scientifiques. Ces articles attestent à la fois son intérêt à l'égard des affaires scientifiques et son engagement en faveur du développement des Canadiens français du Québec. Une attitude qui rappelle les croisades du frère Marie-Victorin et de Louis Dupire du Devoir dans les années 1920 et 1930.

En 1948, Roland Prévost est embauché par La Presse. Moins de deux ans après, il couvre déjà uniquement les affaires scientifiques et médicales. Ses collègues de la salle de rédaction le considèrent comme un original, car, selon eux, le journalisme doit avant tout s'intéresser à la politique.

Roland Prévost reçoit en 1962 le prix de l'Union canadienne des journalistes de langue française pour ses quatre articles sur le premier vol spatial, effectué le 12 avril 1961 par le Russe Youri Gagarine. En 1968, la Société Saint-Jean-Baptiste lui remet le prix Olivar-Asselin pour l'ensemble de son œuvre.

Un engagement pour le développement de la vulgarisation scientifique

Roland Prévost consacre temps et énergie au développement du journalisme scientifique au Canada. Dès 1957, il devient membre de l'organisme américain National Association of Science Writers (NASW). Il adhère aussi à l'Association des écrivains scientifiques de France. En 1962, il se joint à la section canadienne de la NASW. Par ailleurs, il entretient des liens étroits avec l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS). Il participe à l'élaboration de différents projets liés à la communication et au loisir scientifiques.

Une vision culturelle et nationaliste

Ses textes publiés au cours des années 1950 et 1960 témoignent toujours de sa préoccupation pour l'évolution culturelle et sociale des Canadiens français du Québec. Pour lui, la modernisation de la province doit passer par le développement de ses institutions scientifiques. C'est pourquoi il se donne comme mission de mettre en valeur les acteurs et les réalisations du mouvement scientifique.

Roland Prévost quitte La Presse le 1er février 1970.

Auteur inconnu. « roland prévost reçoit le prix olivar-asselin », la presse, 27 février 1968

  • [Le jury souligne] « sa contribution positive et concrète à l'évolution de la science au Canada français et à la mise en vedette de la compétence, du rayonnement et du prestige de nos hommes de science, dans leurs disciplines respectives. »
  • « Dans sa réponse au président Groulx, le nouveau lauréat a souligné que son travail quotidien constituait un excellent poste d'observation pour marquer nos progrès. “Progrès qui ne font pas de bruit, a-t-il précisé, mais qui n'en sont pas moins sensationnels si l'on considère le quasi-néant de notre science il y a moins de 25 ans, si l'on considère en plus que nos gouvernants provinciaux n'épaulaient guère nos modestes efforts et que comme par hasard, il n'y a jamais de place dans le Québec pour les grands laboratoires fédéraux. Malgré tout, d'ajouter M. Prévost, nous avons maintenant des chercheurs et des laboratoires de renommée internationale.” »