Histoire du journalisme scientifique

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1920-1945

Le traitement de la science par les médias

Le prestige des savants dans la presse

Au cours de la période 1920-1945, la presse vante les mérites des scientifiques et la science est source d'émerveillement pour le public. Dans plusieurs quotidiens, notamment La Presse, on présente souvent les médecins et les savants comme des personnes dotées d'une intelligence supérieure et d'une bonté infinie, qui se consacrent au bien-être de l'humanité, etc.

Les journaux valorisent également les professions techniques. Par exemple, dans la société comme dans les médias, l'aéronautique se pare d'une image idéalisée et les pilotes d'avion sont décrits comme des héros et des as.

Dans les magazines illustrés, les savants sont aussi auréolés de prestige. La Revue populaire et La Revue moderne tracent d'eux des portraits révélateurs de l'admiration qu'on leur voue.

Un portrait de Marie-Victorin par Robert Rumilly

Entrevue avec le R. F. Marie-Victorin

Le triomphe de l'histoire naturelle

« Le R.F. Marie-Victorin est un homme qui a de la chance. Il y a des savants qui sont vieux, chenus, grinchus (sic), barbichus, rabougris, desséchés comme leurs herbiers, privés de santé, dépourvus de tout dynamisme. Même s'ils ont pour leur science une âme de poète et la plus grande chaleur de cœur, ils seraient certes bien incapables de susciter en sa faveur un engouement collectif. Prenez tout le contraire de ce portrait, et vous avez le frère Marie-Victorin. Il est grand, très grand en somme, glabre, et très large. Dans chacune de ses fortes mains, qui savent se faire si délicates pour manier tiges et pétales, il pourrait emprisonner les deux mains d'un homme de petite taille. Et l'on sait du reste qu'il a non seulement fait des disciples, mais soulevé d'enthousiasme toute une jeunesse. »

La Revue populaire, Montréal : Vol. 27, no 6 (juin 1934), p. 5.

Deux extraits d'articles signés Roland Prévost

Roland Prévost

Émile Miller : un géographe canadien

« Le premier congrès de l'Association canadienne-française pour l'Avancement des sciences, du 2 au 4 novembre dernier, a révélé au grand public que les questions scientifiques n'intéressent plus seulement quelques initiés chez nous. Pas plus dans notre pays qu'ailleurs, le goût des recherches spéculatives ou simplement documentaires ne s'est répandu spontanément. Notre peuple est jeune et, pris par les nécessités urgentes de la vie, il a semblé longtemps dédaigner l'étude de la nature. Mais quelques initiateurs, aussi savants que modestes, ont combattu cette apathie. Et les résultats commencent d'apparaître : la botanique et l'entomologie surtout compte maintenant leurs adeptes par centaines. Et le nombre croît rapidement. Parmi les plus méritants de ces apôtres de la Science, il faut nommer Emile Miller dont les travaux sur la géographie resteront classiques. »

La Revue populaire, Montréal : Vol. 27, no 1 (janvier 1934), p. 10, 44.

Émile Miller

Nos entrevues : M. Claude Melançon, naturaliste

« M. Melançon, qui a parcouru toutes les forêts de la vallée du Saint-Laurent, est certainement l'un de nos meilleurs naturalistes. Le succès presque incroyable de Nos animaux chez eux a révélé la « popularité » des sciences naturelles chez les Canadiens-français (sic), avec la multiplication des Cercles des jeunes naturalistes, la vente rapide de la grande Flore laurentienne du Fr. Marie-Victorin, les congrès de l'ACFAS et les expositions d'Histoire naturelle. On constate de plus en plus que les talents ne manquent pas ici; il suffit de les encourager, de les canaliser. »

La Revue populaire, Montréal : Vol. 28, no 11 (novembre 1935), p. 13.

Pendant les années 1930, la science trouve même une place dans la revue humoristique Le Samedi. Entre les romans-feuilletons, les poèmes, la page féminine et les chroniques pour les jeunes, on peut lire une chronique de biologie et une autre d'anthropologie.

Cet enthousiasme pour la science et les chercheurs est parfois poussé à l'extrême dans des chroniques de science-fiction qui témoignent d'une imagination très fertile

Vraisemblable ou non?...

On pèse moins quand on marche vers l'est que vers l'ouest

Auteur inconnu, La Revue populaire, Montréal : Vol. 18, no 11 (novembre 1920), p.129-130.

Bientôt l'on déjeunera à Montréal et l'on soupera à Winnipeg

Auteur inconnu, La Revue populaire, Montréal : Vol. 18, no 11 (novembre 1920), p. 151-151.

Un monoplan futuriste

Auteur inconnu, La Revue populaire, Montréal : Vol. 18, no 11 (novembre 1920), p. 129-130.

(Nota : Style journalistique, basé sur une nouveauté (l'épaisseur des ailes et le magnésium), met de l'avant un principe de physique)

L'un de ces chroniqueurs au style emphatique est Fernand de Verneuil. Certains textes de sa « Chronique scientifique » dans La Revue populaire sont plutôt loufoques. Par exemple, il parle de « l'air nutritif », la découverte d'un grand savant...

Fernand de Verneuil

Le cas de Fernand de Verneuil (1880 ?- ?)

On sait peu de choses sur Fernand de Verneuil. De 1911 à 1944, il est rédacteur au magazine humoristique Le Samedi (1889-1963). Dans les années 1930, 1940 et 1950, on le retrouve aussi à La Revue populaire (1907-1963), où il sera notamment rédacteur en chef. Dans sa « Chronique scientifique », il signe des textes de vulgarisation scientifique expliquant des événements récents. Il y aborde des sujets aussi variés que l'ingénierie, les transports, la chimie et l'éthique de la recherche scientifique. Se présentant parfois comme le président de l'Institut Astronomique et Philosophique du Canada, il publie aussi des chroniques de science-fiction. Celles-ci sont basées sur des histoires plus ou moins vraisemblables, mais très divertissantes.

Quelques sujets « scientifiques » traités par Fernand de Verneuil dans La Revue populaire

« Pourra-t-on aller un jour dans la lune ? », 1932

« L'inutile barbarie de la vivisection », mai 1932 (Vol. 25, no 5, p. 13)

« La planète Mars nous parle : Quand répondrons-nous ? », 1933

« Le Moloch moderne : Le machinisme, monstre insatiable, dévore avec un appétit sans cesse croissant », 1933

« De Montréal jusqu'à Paris sous la terre », 1934

« Le Sommeil qui tue », mars 1935

« L'air nutritif », octobre 1935 (Vol. no 10, p.10)

« Les sept mille produits du charbon », 1936