Histoire du journalisme scientifique

Le Journal

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1870-1920

Le traitement de la science par les médias

La science s'introduit dans la presse

Le développement des grandes entreprises de presse et la création d'établissements scientifiques locaux et modernes, jumelés au bouillonnement industriel, entraînent un important changement dans la médiatisation de la science. L'information scientifique ne se trouve plus seulement dans les publications des sociétés savantes et dans les revues culturelles destinées au public instruit. La science s'introduit dans les quotidiens et les périodiques ainsi que dans la presse d'affaires. Bref, la presse en général accorde une grande place aux découvertes scientifiques et à leurs applications.

On vulgarise les connaissances pour le grand public afin qu'il adhère à l'essor industriel et qu'il entre dans la grande marche du progrès. Par exemple, dans Le Moniteur du commerce (1881-?), un hebdomadaire dont la devise est « Tout pour le progrès », on peut lire d'innombrables textes exhortant ses lecteurs à suivre ce mouvement vers un avenir prometteur.

La science fait aussi une percée dans le monde agricole. Le Journal d'agriculture, publié aussi en anglais sous le titre Journal of agriculture and horticulture (1877-1936), a pour devise : « La science en peu de mots; la pratique la plus profitable ». En diffusant les plus récentes connaissances et techniques en matière d'agriculture, ce Journal veut contribuer à l'amélioration des pratiques agricoles et du rendement des cultures. Cette publication financée par le gouvernement est un succès : avant 1900, son tirage atteint 50 000 exemplaires.

Le magazine La Science populaire illustrée (1886-1887), lancé par Octave Cuisset, un chimiste industriel, vise un public non spécialisé. Son objectif est de vulgariser des connaissances et d'œuvrer au progrès scientifique et industriel du pays.

« À côté des grands journaux scientifiques et industriels, il existe des publications plus modestes mais non moins utiles qui vont porter les même enseignements chez ceux qui n'ont pas le temps ou les connaissances voulues pour aborder les questions de haute science.»

Octave Cuisset, « Notre programme », La Science populaire illustrée, vol. 1, no 1 (1er août 1886), p. 1.

Ce magazine traite de chimie, de mécanique, d'hygiène, de minéralogie et de sciences naturelles. Les sujets sont d'intérêt local : géologie des Laurentides, gaz naturel au Canada, essences d'arbres, modernisation des campagnes, tables météo de l'Observatoire de l'Université McGill, etc.

En 1894, Trefflé Berthiaume, propriétaire du journal La Presse, lance l'hebdomadaire L'Album industriel : organe de l'atelier, de l'usine, de la boutique, de la ferme, du ménage et des inventions. Il s'agit d'un magazine d'environ seize pages consacré aux sciences et aux techniques. Quelques-unes des principales rubriques s'intitulent : Nouveautés industriellesScience vulgarisée, La cordonnerieFerme et animaux, Renseignements, recettes et procédés. Clément-Arthur Dansereau, éditorialiste en chef de La Presse, justifie la mission de l'Album industriel dans le texte inaugural.

« Il n'y a pas d'erreur, l'ouvrier d'aujourd'hui doit savoir, non seulement lire et écrire, mais dessiner, calculer et combiner les effets de force motrice ou de chimie. Il faut qu'il connaisse les lois de la nature, c'est-à-dire les lois de la matière et les causes qui le conduiront à des transformations encore inconnues. »

Clément-Arthur Dansereau, prospectus de l'Album industriel.

8 décembre 1894, vol 1, no 1.

La Presse publie aussi régulièrement le samedi des reportages illustrés en couleur sur des sujets scientifiques et techniques. Ce sont toutefois les textes de l'éditorialiste Clément-Arthur Dansereau qui favorisent l'ouverture des esprits aux sujets scientifiques de l'époque.

L'éditorialiste se fait chroniqueur scientifique

Clément-Arthur Dansereau (1844-1918) n'est pas lui-même un scientifique, mais il fait preuve d'un grand intérêt pour l'actualité scientifique. Journaliste influent puis éditorialiste à La Presse, il tient une chronique scientifique dans ce quotidien à partir de 1894. À cet effet, il se documente sur des sujets très diversifiés : médecine, darwinisme, aéronautique, automobile, sous-marins, téléphone, télégraphie, etc. Il puise son information non pas auprès de scientifiques, mais dans nombreux périodiques de vulgarisation scientifique : Cosmos, Médecine internationale, Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, Le correspondant médical, La revue universelle. C.-A. Dansereau consulte également des publications anglophones comme Scientific American, Popular Science Monthly et Contemporary Review.

Dans les pages de La Presse, son intérêt pour les sciences se transpose en mission sociale et politique. Ainsi, plusieurs de ses éditoriaux concernent la médecine et l'alimentation. Par exemple, dans une chronique de 1916, il soutient que la margarine constitue un aliment économique qui devrait être accessible aux familles en temps de guerre. En 1917, il prône les bienfaits du pain brun par rapport au pain blanc et il met en garde la population contre les modes dans l'alimentation.

Clément-Arthur Dansereau

Journaliste polémiste influent, Clément-Arthur Dansereau est surtout connu pour son engagement dans la vie politique de son époque. Né à Contrecoeur le 5 juillet 1844, il fait des études classiques au Collège de l'Assomption et des études en droit à l'Université McGill. Il est admis au Barreau en 1865. Intéressé très tôt par le journalisme politique, Dansereau ne pratiquera jamais le droit. Il commence sa carrière de journaliste au journal La Minerve. À partir de 1963, il y occupe successivement les fonctions de traducteur, de journaliste, de rédacteur en chef et copropriétaire (1871). À partir de 1884, on le retrouve à La Presse, dont il devient l'éditorialiste en chef. Clément-Arthur Dansereau serait l'un des premiers journalistes ayant couvert régulièrement les sciences dans un média de masse canadien. Il décède à Montréal le 27 mars 1918.

Lorsque Dansereau traite d'innovations scientifiques et techniques, il ne fait pas que rapporter et expliquer des faits; il en présente les impacts positifs et négatifs. Il prend position et cherche à convaincre son public du bien-fondé de ses arguments. Pour Clément-Arthur Dansereau, le journal est un outil d'éducation populaire autant que de formation de l'opinion.