Histoire du journalisme scientifique

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1920-1945

La science à cette époque

La recherche universitaire prend son essor

La recherche scientifique universitaire amorce sa véritable expansion après la Première Guerre mondiale, en particulier grâce au Conseil national de recherche du Canada (CNRC), créé en 1916. Par exemple, en 1930, le CNRC accorde 62 subventions : 33 vont à l'Université McGill, une va à un chercheur francophone du Québec et le reste est attribué ailleurs au Canada.

La recherche universitaire se spécialise en disciplines distinctes et prend un réel essor, notamment dans le domaine biomédical. La fabrication de vaccins et la recherche de remèdes contre le cancer sont les principaux axes de ce secteur de recherche.

Par ailleurs, on voit apparaître des organismes de recherche comme la Société du cancer (1938).

Des chercheurs novateurs

Le docteur Wilder Penfield (1891-1976), professeur de neurologie et de neurochirurgie à l'Université McGill, fonde en 1934 l'Institut neurologique de Montréal. Cet institut acquiert rapidement une renommée internationale dans le domaine des maladies du système nerveux.

Professeur de bactériologie à l'Université de Montréal, le docteur Armand Frappier (1904-1991) crée en 1938 l'Institut de microbiologie et d'hygiène de Montréal. En plus de la recherche et de la formation, cet organisme fournit certains services de santé et aide l'industrie dans la fabrication des vaccins, sérums, etc.

Les chercheurs participent aussi à l'effort de guerre, par exemple en élaborant des vaccins, des sérums et des produits médicaux pour les Alliés. L'Université de Montréal abrite même un laboratoire secret, dont le but est de construire un réacteur atomique; la pile atomique sera finalement fabriquée à Chalk River, en Ontario, à l'automne 1945. Par ailleurs, le professeur Otto Maass, du Département de chimie de l'Université McGill, agit comme directeur de la section sur la guerre chimique au ministère de la Défense nationale.

Wilder Penfield

L'institutionnalisation de la recherche au québec

Depuis plus de 40 ans, l'élite francophone est consciente qu'il faut remédier à l'absence d'institutions scientifiques francophones au pays. On réclame un enseignement scientifique et technique qui permettrait aux Canadiens français de se tailler une place dans les ministères provinciaux ou fédéraux, dans les laboratoires privés et dans la grande industrie.

En 1920, l'Université de Montréal devient indépendante de l'Université Laval et crée sa Faculté des sciences. Initialement, cette Faculté des sciences compte 50 étudiants, dont 40 en médecine. Les 10 autres se répartissent dans six disciplines : mathématiques, physique, chimie, botanique, zoologie et minéralogie.

À cette époque, la Faculté des sciences forme des professeurs plutôt que des chercheurs. Néanmoins, dans l'ensemble, les universités canadiennes-françaises décernent plus de doctorats, ce qui contribue à réduire l'écart entre le nombre de scientifiques francophones et anglophones.

Les scientifiques se regroupent également dans de nouvelles sociétés savantes. La plus active au Québec est sans contredit l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS). Fondée en 1923, elle vise à promouvoir le rôle des scientifiques et à faire rayonner la culture scientifique.

En 1921, on ouvre l'École supérieure de chimie à l'Université Laval, puis, en 1938, l'Institut de géologie de Montréal.

On souhaite aussi encourager les carrières techniques. L'École Polytechnique de Montréal (1873), les écoles techniques de Montréal et de Québec (1907), l'École d'arpentage (1907) et l'École de foresterie (1910) de l'Université Laval fournissent des cohortes de diplômés prêts à s'intégrer au secteur industriel et technique et à en assurer le progrès.

Frère marie-victorin, un homme de science plus grand que nature

Le frère Marie-Victorin, professeur de botanique à l'Université de Montréal, est une figure emblématique du mouvement scientifique francophone au Québec. Avec ses collègues, il fait valoir que l'enseignement et la recherche scientifiques au niveau universitaire ont des impacts bénéfiques sur le développement social et économique de la nation canadienne-française. Il encourage aussi la vulgarisation scientifique auprès des jeunes. Pour faire passer son message auprès des politiciens et de la population en général, il n'hésite pas à utiliser les médias : journaux, revues et radio. En parallèle, il poursuit son grand rêve : créer un jardin botanique à Montréal.

Le frère Marie-Victorin

Les sciences naturelles mises à la portée des jeunes

Le 27 février 1931, les Cercles des jeunes naturalistes (CJN) sont officiellement fondés. Ils deviennent rapidement très populaires. Portés par les communautés religieuses enseignantes, les CJN diffusent des connaissances scientifiques à grande échelle : directement dans le réseau scolaire du Québec; par la parution de chroniques dans la presse (Le Devoir, La Presse, L'Action catholique et des journaux régionaux); par la création ultérieure de revues qui leur sont affiliées (Le Viateur naturaliste, Le Jeune Naturaliste); et par la présentation de causeries à la radio (émission Radio-Collège). Les CJN constituent donc un vecteur important de la vulgarisation scientifique à cette époque.

Emblème du Cercles des jeunes naturalistes

La naissance des sciences sociales

Après les sciences naturelles, les sciences pures et la médecine, les sciences sociales se définissent comme une discipline universitaire à part entière. À l'Université McGill, on forme le Department of Social Science Research au début des années 1930. Le développement des études supérieures en sciences sociales dans les universités francophones se fait au cours des années 1940 et 1950. La sociologie devient alors une discipline d'enseignement et de recherche.

Au départ, les cours de l'École des sciences sociales, économiques et politique de l'Université de Montréal donnaient une connaissance de base de la société et des institutions canadiennes aux personnes qui aspiraient à devenir haut fonctionnaire dans la diplomatie ou à faire carrière dans le journalisme, la politique ou les mouvements sociaux. Cette École devient en 1942 la Faculté des sciences sociales. L'Université Laval crée la sienne en 1943, cinq ans après l'ouverture de l'École des sciences sociales de Québec.